Association de Sauvegarde du Patrimoine de Thimert-Gâtelles

1 place de la Mairie

28170 THIMERT-GÂTELLES

FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES DÉVIATION DE THIMERT 2015

Préalablement à la réalisation du projet de déviation de Thimert-Châteauneuf, le Service Archéologique d’Eure-et-Loir a réalisé en septembre 2013 un diagnostic préventif. Celui-ci a permis de mettre au jour deux sites intéressants distants de 250 m. Le premier est une petite nécropole qui se trouve au lieu-dit de l’Étang de Guillandru (1) sur le versant Est de la Vallée de Misère (sur laquelle s’est installée la Route de Courville). Le second site, dit du Poirier de Sauge (2), qui comprend principalement un bâtiment thermal gallo-romain et une nécropole mérovingienne, se situant en contrebas de la Vallée de Misère au Sud du nouveau cimetière.

 

Ces deux sites ont fait l’objet de deux prescriptions de fouilles, qui ont été réalisées sous la responsabilité scientifique de M. Pierre PERRICHON (Responsable d’opération, Service archéologique CD28) et de Mme Laure De SOURIS (Anthropologue, Service archéologique CD45). Commencées le 7 septembre 2015, ces fouilles qui devaient durer 6 semaines, ne se sont achevées que le 11 décembre, en raison de l’importance et de l’intérêt des découvertes faites ! 

Le 23 février 2016, MM. Pierre PERRICHON et Hervé SELLES (Chef du Service archéologique du Département d’Eure et Loir) ont présenté les principaux résultats et mobiliers des fouilles des deux sites, une grande partie de cette présentation est retranscrite ici.

SITE DE L'ÉTANG DE GUILLANDRU 

La première fouille a été réalisée, sur une emprise de 750m2, à flanc de coteau sur le côté gauche de la route de Courville, en direction du Petit Hanche. Une nécropole gallo-romaine des IIIe et IVes de 250 m2 a été mise au jour, constituée de 18 fosses elle présente deux ensembles distincts : 

  • Une nécropole à incinération de 7 petites fosses, avec des restes funéraires de bûcher (os et restes de bûches) posés à même le sol ou déposés dans des vases.
  • Celle-ci semble avoir précédé une autre nécropole à inhumation de 11 fosses, située au bord d’un parcellaire antique, installée par dessus et indiquant un milieu rural cultivé qui appartenait lui-même à un établissement agricole (ferme ? villae ?). Cette nécropole se serait installée sur un espace qui n’est plus cultivé, non loin du dernier parcellaire de l’exploitation agricole, c’est un cas très souvent rencontré. Les fosses sont d'une profondeur variable de 10 à 80 cm et présentent toutes des clous de cercueils. Les squelettes correspondant à des adultes, sont très dégradés en raison de l'humidité du sol.

Etang de Guillandru vue générale second décapage (CD28 SA)

Plan de masse Etang de Guillandru (CD28 Service Archéologique)

Certaines tombes contiennent des vases d’accompagnement entiers (ci-dessous à gauche et in situ dans la tombe), le plus souvent disposés  à  l’extérieur du  cercueil. La forme des céramiques permet de dater l’utilisation de cet espace funéraire du IIIe jusqu’au cours du IVes (fin du Haut-Empire, début du Bas-Empire romain), période durant laquelle les deux pratiques funéraires semblent coexister. Si elles sont souvent intactes, ces poteries sigillées rouges et noires métallescentes, n’ont pas gardé leur aspect lisse et brillant d’origine (cf exemples ci-dessous à droite) en raison du ruissèlement des eaux dans le sol et de la dégradation chimique qu’il a entraîné. 

    Plusieurs monnaies d’alliage cuivreux ont été découvertes dans les comblements des fosses à inhumation. Certaines se trouvent au creux de petites poches de terre charbonneuse qui suggèrent la présence d’un contenant en matériau périssable (bourse de cuir ou de tissu). Elles témoignent d’un geste funéraire effectué lors de la mise en terre des défunts.  
    Le cas d’une petite nécropole gallo-romaine en milieu rural, située au bord d’un fossé, en lisière d’un établissement rural est courant. Cependant à proximité du site fouillé aucune forme d’occupation de ce type n’est répertoriée à ce jour !

Fosse à inhumation Etang de Guillandru avec vases in situ CD28 SA

Les archéologues ont souligné le fait qu’une nécropole du Bas Empire est rare dans le département d'Eure et Loir, seules deux autres ont été mises à jour à Chartres et au Boullaye-Myvoie. Mais surtout, c’est la seule qui présente les deux méthodes de sépulture à la fois, incinération et inhumation !

SITE DU POIRIER DE SAUGE

Il a été fouillé sur une emprise de 2 700 m2. Il comprend un système fossoyé quadrangulaire antique avec dans son espace intérieur un bâtiment thermal gallo-romain d’une surface de 100 m2 avec aménagement empierré; trois puits dont un conserve son cuvelage en bois; une nécropole à inhumation d’époque mérovingienne (1ère période du Haut Moyen-âge qui fait suite au Bas-Empire comprise entre la fin du Ve s. et le milieu du VIIIes); une série de trous de poteaux pouvant correspondre à un habitat (bâtiment et clôture).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fouille du bâtiment thermal

(Le bâtiment est qualifié de thermal et non de thermes car aucun bain n’a été identifié). Celle-ci a permis de mettre au jour un four au Nord (ci-dessous) qui alimente deux piè-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ces chauffées par hypocauste (système de chauffage par lequel l’air chaud se répand sous le pavement suspendu sur des pilettes faites de briques, puis dans les canalisations de terre cuite ou de briques creuses installées dans les murs voir schéma de reconstitution ci-dessous) en enfilade au Sud dont une est sur pilettes et l’autre équipée de canaux rayonnants. On trouve une autre pièce en longueur à l’Est (possible vestiaire et pièce par laquelle on accède au bâtiment) et une petite pièce au S-O équipée d’un probable autre four.

Bâtiment thermal reconstitution plan SD28 SA

Aménégement empierré à gauche , à droite épaisseur du mur

Pièce avec abside chauffée par hypocauste à pilettes

Pièce chauffée par hypocauste à canaux rayonnants

Modélisation du chauffage par hypocauste à pilettes

Dans l’ensemble la construction est très arasée (matériaux récupérés pour des constructions ultérieures ?) et ne conserve pas ses niveaux de sol souvent couverts de mosaïques. Par ses dimensions et par son environnement archéologique, il s’agit vraisemblablement d’un bâtiment thermal à usage privé. Cet aménagement sanitaire et de confort est sans doute lié à un établissement rural proche, mais non connu à ce jour (les thermes peuvent autant être détachés qu’intégrés à l’habitat; ici, il s’agit d’un bâtiment annexe).

Rare en milieu rural, cet équipement balnéaire révèle une certaine aisance sociale du propriétaire. Une applique en bronze en forme d’aile (cf ci-contre) gallo-romaine a été trouvée dans une fosse-dépotoir (trou spécialement creusé pour les déchets ou comblement d’une excavation faite pour extraire la terre) ainsi que deux hipposandales (protection des sabots de cheval avant l’apparition du fer à cheval au IXes). Sa période d’usage est assez mal maîtrisée, mais il était certainement en fonction dans la période du Bas-Empire, IVe siècle ? 

La fouille de la nécropole mérovingienne à inhumation

Beaucoup plus tardive la nécropole à inhumation mérovingienne (occupée au plus tôt dans la première moitié du VIe s) s’est installée sur le bâtiment antique à travers une couche noire riche en éléments charbonneux qui recouvre tout le site (résultat d’un incendie ?). On ne peut pas dire si le choix de cet emplacement a été déterminé par la présence du bâtiment antique. Les morts sont-ils enterrés par récupération de bâtiments plus anciens ? Le balnéaire était-il connu par la population en place ? A-t-il servi de mémorial ?

Les tombes sont aménagées avec coffrage en silex et il n’y a pas de tuiles, ce qui laisserait supposer que le balnéaire n’était plus là. Néanmoins, à cette période le cas d’une nécropole implantée sur des constructions gallo-romaines et notamment sur des thermes n’est pas rare, mais il est difficile d’établir si ce choix est d’ordre pratique ou cultuel ?

Poirier de Sauge Vue panoramique de la nécropole CD28 SA

Plan de masse du Poirier de Sauge CD28 SA

La nécropole implantée sur et autour du balnéaire compte un peu plus de 200 individus inhumés, dont une douzaine d’enfants, dans des fosses souvent dotées de blocs de silex disposés au fond et sur leurs parois (calages latéraux). Ils servent à maintenir un coffrage de bois faisant office de cercueil le plus souvent sans clou, contrairement à la nécropole de l’Etang de Guillandru. La conservation des squelettes est dans l’ensemble médiocre. Seul le tiers des tombes en conserve un fragment et les cas de squelette complet sont rares et localisés au N-O du bâtiment gallo-romain (la localisation du site en fond humide de la Vallée de Misère est en grande partie la cause de la mauvaise conservation des squelettes). 

Fosse avec calages

Inhumation avec calages latéraux CD28 SA

Les squelettes adultes sont de taille standard à ceux aujourd’hui; 2 cas de réduction ont été recensés ce qui laisse penser que les sépultures y ont été plus nombreuses (la réduction des restes indique une réoccupation de la sépulture pour une nouvelle inhumation). Globalement la nécropole est intégrale. Les tombes ont livré un nombre important de mobilier d’accompagnement, des éléments de parure principalement, des armes, des monnaies et des objets moins « communs » comme cet élément de parure en pâte de verre et en forme de fusaïole. 

Dans l’état actuel de l’étude, la phase d’occupation des puits et du secteur de trous de poteaux est inconnue. Ce dernier correspond très probablement à de l’habitat et est vraisemblablement, en l’absence de chevauchement avec l’espace funéraire, contemporain de la nécropole mérovingienne.

Puits à cuvelage de bois CD 28 SA

Secteur avec trous de poteaux

Bien entendu, ce compte-rendu tient compte des informations données par le Service Archéologique Eure et Loire en 2016. Beaucoup de travaux de recherche et d'interprétation ont été fait depuis : analyse des relevés, nettoyage et restauration du mobilier mis à jour, compréhension des différentes périodes d’occupation des sites, confrontation avec les découvertes archéologiques environnantes … 

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'autres retours depuis, ce qui ne nous permet pas d’en savoir plus sur l’histoire de notre Commune et la vie de ceux qui nous ont précédé en ce lieu. Nous regrettons aussi vivement qu'aucune exposition consacrée à ces fouilles n'est été proposée aux habitants de notre village; les élus du Département ayant décidé de mettre un terme aux actions de valorisation du patrimoine archéologique départemental en direction du public !   


Cependant, on peut souligner l’importance des découvertes faites !

En effet, les deux sites funéraires étudiés en intégralité, sont les seuls connus dans ce secteur. Par ailleurs, le cas d’une nécropole où la pratique de l’incinération coexiste avec celle de l’inhumation est particulièrement intéressant et rare. Les espaces funéraires de la période mérovingienne sont également peu étudiés en Eure et Loir. De même, ces fouilles couvrant de façon plus ou moins continue une période allant du IIIe s. au VIIes sont une opportunité de compléter les connaissances sur l’évolution des pratiques funéraires dans le temps.